En Vrac & sans Trac

textes & photos : ©RichardB

Déclaration

Je déclare, nous déclarons
Ensemble nous aimerons.

Dans l’article, libres et égaux,
Je suis, tu es, sans distinguo.

Je nais, tu nais, ils naissent.
Eh ! Vous là ! Passez à la caisse !

Déclaration.
Contribution.
Commission.
Concession.
Dépression.
Convulsion.
Soumission.
R e d d i t i o n…

C’est Diderot qui le prédit
Dans son encyclopédie.

C’est Voltaire qui le clame
En Russie, près de sa Dame.

C’est Rousseau qui en mourût.
Libres ! Et vous les avez crus ?

Existence.
Abondance.
Compétence.
Cadence.
Décadence.
Manigance.
Obéissance.
D é m e n c e…

Du pôle aux tropiques,
D’est en ouest, la trique.

Que de temps nous sépare
De l’homme devenu star ?

Pour un règne dans l’espace,
Dites ! Faut réservez votre place !

Compliment.
Boniment.
Régiment.
Vatican.
Licenciement.
Congédiement.
C h â t i m e n t.

STOOOOOOOOP !
Dites, vous n’auriez pas une petite guerre ?  Une toute petite, hein !

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2006 Posted by | Mes poèmes | 5 commentaires

Montent les mots

Le facteur à la tenue immaculée déposa le pli dans la boîte aux réceptions qui flottait devant sa demeure.
– Tu as du courrier, claironna le préposé aux nouvelles.
– Merci, répondit-il sans parler. Je les attendais, aujourd’hui !
Les parois du réceptacle s’entr’ouvrirent alors qu’il s’élançait. La missive vint à sa rencontre en s’envolant comme une feuille morte qui renaît. Dans sa trajectoire, elle se décacheta et, de l’enveloppe qui chut comme une feuille morte, sortit une feuille pliée en quatre, pliée en deux, entière. L’envoi fit un gracieux et long vol stationnaire, un parfait silence accompagnait le cérémonial de présentation. Tout fixait le regard du destinataire impatient. Une rosée d’amour perla d’un nuage et vint auréoler le papier flottant.
– Alors, des nouvelles ? chuchotèrent ses voisins, un peu jaloux, un peu curieux.
– Oui, ils pensent toujours à moi.
Et du fond des collines de coton qui se cachaient au creux des vallées couvertes de blanches pensées, des millions de mots s’élevèrent vers le sol étoilé.
– Ça vient d’en bas ? Lis, lis, lis pour nous !
– Attendez ! dit-il en laissant prendre son envol au papier plié en deux, plié en quatre, plié en deux, qui s’envolait dans de longs battements de feuilles, vers le haut de tous. Le courrier s’agrandit, s’agrandit, les phrases devinrent longues, longues, hésitèrent en ondulant. Et tout s’arrêta, se figea au monde. La lettre était prête. Alors, lui et les voisins lurent. Et l’amour emplit le ciel, et les larmes se firent jet d’eau, les pensées devinrent fruits, et les souvenirs fleurirent l’endroit comme jamais.

Ceux qui souriaient, les voisins des voisins, qui pourraient se nommer les anges, tinrent longtemps la coupure du journal envoyée par ceux d’en bas, ceux qui pleuraient encore.

– Demain, moi ça fera cinq ans, dit l’un qui n’était pas lui.
– Tu nous liras, dit une autre, un peu curieuse, un peu jalouse.
Puis, ceux qu’on pourrait nommer les anges replièrent leurs ailes, le message disparut, les pensées s’éteignirent, le facteur de blanc vêtu disparut derrière les collines, la besace emplie de nombreuses missives. Vers d’autres impatients, d’autres curieux, d’autres jaloux, un peu plus loin, dans le temps.
– Beaucoup de courrier, beaucoup de travail me donnent ces gens du bas, vous savez, patron !
– Tant mieux ! dirent ensemble les boîtes aux regrets éternels.

2006 Posted by | Mes poèmes | 2 commentaires