En Vrac & sans Trac

textes & photos : ©RichardB

Existences d’artistes : Voltaire

Premier invité du livre

Existences d’artistes (présentation ici)

Honneur au personnage « rigolo » de la couverture. Un sacré bonhomme, l’homme aux tant de coÿonnades écrites (c’est lui qui le disait). 

Voltaire François-Marie Arouet 1694 – 1778. L’homme du Grand siècle? et à la longue vie ! pensez-donc, il aurait pu, enfant, rencontrer Racine et, vieillard, gronder Chateaubriand enfant.

Que nous apprend G Lenotre de l’existence quotidienne de notre homme des Lumières ? En préambule, cette phrase terrible :
« Quand il naquit, il était mort – ou à peu près. Il paraissait si chétif qu’on n’osa pas, crainte de le tuer tout à fait, lui verser sur le front les quelques gouttes nécessaires à l’ondoiement... ».
Bon, j’entends déjà les psys s’agiter : choc émotionnel dès son enfance… pas même une goutte d’eau … refus du curé de se le mouiller… aversion pour le clergé normale.

Mais reprenons le cours des faits petit-historiques de notre G !

« Son enfance fut débile, son adolescence maladive, sa jeunesse sans vigueur. » Lenotre précise que jamais sa barbe ne poussa, ce qui explique pourquoi, faute de se raser, il rasa les autres ! Non, je joue encore au psy, annulez cette remarque. La vie du pauvre Arouet ne fut que plaintes et misères (sauf d’argent). A vingt-six ans il ne digérait plus et devint d’une « maigreur de stylite« .  Après une petite vérole – soignée avec deux cents pintes de… limonade ! – il s’essaie à tous les remèdes en vogue, petit lait, essence de cannelle, petites boules de fer avalées pour la digestion. « N’est-ce pas ainsi qu’on rince les bouteilles sales ?« . Sans compter lavements (douze par mois !) et autres médecines « de quoi tuer vos trois académies« , lui écrit Frédéric II en lui envoyant les pilules de Stahl (fabriquées par son cocher).
« Ses dents tombent, il la fièvre, il se roule de coliques, il devient aveugle, il n’entends plus, il a des vertiges, il perd la voix… Et il parvient à vivre quatre-vingt-quatre ans ! » Un miracle de longévité ! Non, pas de miracle, pardon François-Marie !

« Il était d’une propreté extrême, qualité assez rare à l’époque« . Et malgré ses « tortures« , il travaillait vingt heures par jour (dont près de seize, allongé sous un édredon, dans son lit couvert de livres et éclairé par trois bougies). « Ce bouillant polémiste grelotta pendant toute sa vie« . A ses côtés, une écritoire. Il ne dormait que quatre heures par jour, « abusait du café, dont il absorbait jusqu’à vingt tasses dans l’après-midi« , ne prenait qu’un repas, « le souper à neuf ou dix heures du soir« . « Et son mets préféré était les lentilles » mais, il adorait les confiseries – qui ne lui rendaient pas !

L’éternel geignard, logé à Paris chez le marquis de Villette, subit une fin de vie encore plus terrible. Je dis bien subit, car son entourage, M. de Villette et Mme Denis en particulier, devinrent les véritables imprésarios de cette « apothéose finale » – qu’ils voulaient leur – et « contribuèrent grandement à sa mort, s’étant obstinément refusés… à remballer l’octogénaire et à le reconduire vers Ferney« . Pendant qu’il se mourait sans soin – ou par trop de soins – les deux compères, couchés sur le testament du célèbre et très riche vieillard, organisaient les visites du Tout-Paris à son chevet… comme on tenait salon. « si je racontais en détail l’abandon affreux et l’état misérable où M. de Voltaire s’est trouvé réduit les vingt derniers jours de sa vie ; le coeur en saignerait de douleur et d’horreur.« .

« Laissez moi mourir ! » fut le dernier cri de Voltaire. Une grandeur misérable. Paradoxes d’un homme aussi affaibli qu’infatigable, aussi noble que mesquin, aussi fragile que solide.

Mais le pire de votre lecture est à venir. Du cerveau, du cœur et du… reste.

Le pharmacien Mithouard emporta chez lui le bocal contenant de cerveau de l’Illustre. De propriétaire en propriétaire, on suit sa trace au gré des ventes et dons, jusqu’en 1870, chez un certain Labrosse, pharmacien également. Puis, plus de nouvelles du cerveau !

« Le cœur n’eut pas moins d’aventure« . M. de Villette avait gravé un vers de sa composition sur la boîte renfermant le cœur de Voltaire : Son esprit est partout et son cœur est ici. Voltaire n’était pas un poète, mais peut-être méritait-il mieux comme poésie finale. Et les visites du cœur éteint du défunt reprirent ; une véritable agence touristique que ce M. de Villette ! Puis, au fil des changements de « mains », et depuis 1864, la petite boîte de vermeil se trouve à la Bibliothèque nationale de France, placée dans le socle de la statue du « Voltaire assis » de Houdon (1781).

Et les restes de ses restes sont au Panthéon (c’est l’ancien de la maison). L’endroit des grands hommes aux grandes œuvres. Et aux quotidiens parfois si terribles.

©RichardB

une biographie

2006 - Posted by | LivresLus

5 commentaires »

  1. Quelqu’un qui s’appelle Vol-terre sera toujours suspect à mes yeux…😉

    ———————-

    de RichardB : dans quelques temps, je ferai Roux Sot🙂

    J'aime

    Commentaire par melle Bille | 2006

  2. Pour moi, la présentation, c’est beaucoup mieux comme ça !

    Bonne journée.

    J'aime

    Commentaire par François | 2006

  3. Sympa cette nouvelle rubrique !
    Sur Voltaire, je ne savais rien de tout çà, ….à tout prendre il vaut mieux être un illustre inconnu, pour avoir droit au repos éternel :o)

    ———————-

    de RichardB: éh ! oui. Voltaire est mort, Hugo est mort, Chateaubriand est mort, moi-même, je ne me sens pas très bien😉

    J'aime

    Commentaire par myblogforyou | 2006

  4. Quel quotidien effroyable ! Et en dépit des maladies et de la douleur, demeurer aussi prolifique. C’est impressionnant.

    ————————-

    de RichardB : oui, et sans Sécu, ni SAMU, ni… ordinateur avec traitement de textes😉

    Est-ce dans la souffrance qu’on devient le plus créatif ?

    J'aime

    Commentaire par Cristal | 2006

  5. Pour approfondir, le sujet, je vous conseille l’extraordinaire petit livre de Xavier Martin, qui renouvelle complètement le sujet, sur la base de l’étude approfondie de la correspondance du grand homme http://www.amazon.fr/Voltaire-m%C3%A9connu-lhumanisme-Lumi%C3%A8res-1750-1800/dp/285652303X

    ————————–

    de RichardB : de Voltaire, on méconnaît (ou écarte) beaucoup de facettes de sa vie ; ce qui n’enlève rien à son importance historique mais qui resitue le personnage du quotidien au niveau du commun des mortels😉

    Merci de votre visite et meilleurs voeux pour 2007

    J'aime

    Commentaire par furgole | 2006


Postez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s