En Vrac & sans Trac

textes & photos : ©RichardB

Existences d’artistes : squats au Louvre

Les « Existences d’artistes » recueil de G Lenôtre

Dans cet article nous nous rendons dans un des temples de l’art pour y rencontrer de « drôles d’habitants »

Le Louvre, au début du XVIIe siècle, était un « monde à l’état de chaos ». de Philippe-Auguste à François 1er et Henri II, l’écrin de la monarchie n’en finissait pas de démarrer des chantiers. « Henri IV se demanda à quoi allait servir cette galerie du Louvre rêvée par ses prédécesseurs… un corridor long de quinze cents pieds qui ne conduisait nulle part…«  La Grande galerie (460 m côté Seine) était censée relier le Louvre et le château des Tuileries. Lenôtre dit : c’était un magnifique décor pour le bord de l’eau ». Inachevé : « Du provisoire qui durera jusqu’à Napoléon III.« 

Et nos artistes entrent en scène. Pour les remercier et afin « qu’ils y logeassent et fussent désormais délivrés de l’angoisse du terme à payer« , le bon Henri leur attribua le sous-sol, le rez-de-chaussée, l’entresol et le premier étage. Et l’on voit donc une situation très particulière, impensable de nos jours, où le souverain loge aux étages supérieurs d’un palais occupé dans ces sous-sols par des artistes et leurs familles. Le tout dans une correction de bon voisinage. Des gens sérieux, ces artistes (l’architecte Levau, l’ébéniste Boulle, le gazetier Théophraste Renaudot.

Mais quand la cour s’en fut… ce fut autrement. « Quantité de gens sous prétexte qu’ils maniaient le pinceau ou l’ébouchoir se faufilèrent dans l’immense bâtisse et s’y octroyèrent un logement. » Et puis on maçonnait, on creusait, on cloisonnait, on entresolait… des murs se montèrent, des balcons apparurent, « le peintre Watelet, poussant plus loin le sans-gêne, transporta de la terre et des arbres afin d’y créer un jardin suspendu. »

« Partout émergèrent des tuyaux de poêle, des conduits de latrines, des gaines de briques pour les fourneaux de cuisine. Partout des poulaillers, des écuries, des lavoirs, des linges qui sèchent. Le Louvre est un caravansérail « . « Quel joyeux phalanstère et quelle bonne camaraderie ! » Un sympathique foutoir, dirait-on de nos jours.

« Fragonard est le réveille-matin de la ruche. Rond, replet, fringant, toujours alerte, toujours gai, il trotte de porte en porte, muse des heures entières, boudiné dans une vieille houppelande grise, sans agrafes, ni pattes, ni bouton serrée à la taille par n’importe quoi : un bout de ficelle, un chiffon. «  Ici sont passés les sculpteurs Pigalle et Mouchy, et Sylvestre, maître à dessiner des enfants de France, le peintre Regnault, le pastelliste la Tour, le sculpteur Pajou, Mme Coster-Vallayer, membre de l’Académie royale, Joseph Vernetet c’est là que naîtra Horace Vernet ; et puis les Lagrenée, Greuze et Gounot vieil homme de quatre-vingt-dix ans qui eut pour fils le peintre François-Louis et pour petit-fils Charles Gounot.

Le Louvre se dégrade. Le temps passe, le local concédé à vie, personne ne déloge les artistes. « les artistes continuent d’habiter le palais des ci-devant rois, en vertu d’un bail passé avec …Henri IV« .

Personne ? Si. « La France s’est donnée à un petit Corse, qui, en cinq ans, a conquis plus de pouvoirs que n’en eut jamais Louis XIV. Il ferma quelque temps les yeux et entreprit de restaurer et de remplir de merveilles la Grande galerie. Mais un jour, avisant les tuyaux de poêle sortant des fenêtres, les femmes cuisinant ou chauffant la lessive à tous les étages : « Ces bougres-là finiront par brûler mes conquêtes !« . On peut imaginer ses craintes. Le lendemain, l’ordre d’expulsion fut donné.

Voilà, dans cette galerie basse logea, « durant plus d’un siècle, le plus glorieuse légion d’artistes dont notre pays s’enorgueillit. »

Ces « bougres-là » qui… peuplent nos musées ! dont le Louvre

©RichardB

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2006 Posted by | LivresLus | Un commentaire

Existences d’artistes : Madame d’Aulnoy

Les « Existences d’artistes » de G Lenôtre
(présentation du livre iCi)

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oiseau-bleu.jpg« Oiseau Bleu, couleur du temps,
Vole à moi promptement.
« 

Madame d’Aulnoy, la conteuse de lOiseau bleu. Imaginez-la. Douce femme au regard tendre, au coin d’une cheminée avec quelques enfants qu’elle enchante de ses contes… « en leur distribuant des oublies et des gimblettes.«  Vous avez tout faux ! envoyez les enfants au lit, ce qui suit n’est pas pour eux. Remplacez les princes charmants par des amants, les siens et ceux de sa mère ; oubliez la douceur et entendez les gras complots des deux commères.

A seize ans elle se maria, avec le baron d’Aulnoy-en-Brie dont je ne peux résister au plaisir de vous faire « écouter » le portrait de G Lenôtre : «  il avait trois fois l’âge de son épousée ; fort bel homme, droit de taille et solide de tout le corps, il avait une manière de sourcils relevés, le poil ferme et dru et des moustaches piquantes ; de plus ses moeurs étaient celles d’un lansquenet, grand buveur et chaud de la langue, ferrailleur, taquin, fripon, sentant le bouc et le tabac, et jurant à lui tout seul comme tous les templiers épars sur la surface du monde chrétien. » On croirait le voir apparaître, non ?

mmeaulnoy.gifAprès deux enfants, lassée du charmant baron, Marie-Catherine, et sa mère, et leurs amants décidèrent de dénoncer le mari comme traitre au roi. Emprisonné, relâché, D’Aulnoy ne revit pas son épouse qui s’enfuit pour échapper au sort de ses compères de cabale (la tête tranchée). Madame d’Aulnoy échappa à la maréchaussée qui, « la trouvant dans son lit, baillant et fort insouciante, lui accorda la permission d’aller passer une chemise, attendu qu’elle n’en avait pas, ainsi que que chacun pouvait s’en assurer. » Elle s’échappa par une porte dérobée.
Plus tard, en exil en Espagne, elle devint auteure de contes célèbres et fut pardonnée par le Roi.

Elle devint amie avec Madame Ticquet, « dont le mari, conseiller au parlement, fut trouvé un matin percé de coups, sous le porche de sa maison. « . Tiens! une émule. Madame d’Aulnoy ne se remit jamais de sa peur d’être à nouveau poursuivie (à tort cette fois) ; « la vue des officiers du guet, moustachus, fort rodomonts l’épée au clair et des torches à la main, se présentant de par le Roy, avait mis la conteuse en grand émoi« .

Son amie fut décapitée. Madame d’Aulnoy en trembla jusqu’à sa mort. Pourtant, dans son conte l’Oiseau bleu, c’est elle qui écrit :aulnoy.JPG
« Il faut laisser faire le temps ;
Chaque chose a son point de vue ;
Et quand l’heure n’est pas venue,
On se tourmente vainement.
« 

Ce qu’en pense notre académicien, G Lenôtre : « et elle comprenait que son bel Oiseau bleu avait une tache de sang à ses ailes couleur de temps. »

©RichardB

2006 Posted by | LivresLus | 2 commentaires