En Vrac & sans Trac

textes & photos : ©RichardB

L’aube le soir ou la nuit

J’aime bien lire les livres en décalage, loin du foin médiatique ou des courants d’air cultureux qui suivent les sorties littéraires.

L’aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza
LE
suivre… épuisant, mais ô combien intéressant.

Yasmina Reza a pris son temps – le temps d’une campagne – pour tracer ce portrait du candidat président Nicolas Sarkozy. Enfin, pas un portrait, car ici pas de détails, pas d’envolée romantique sur la grande Histoire d’un pays, ni de sel croustillant des cancans franchouillards. Non, ce livre me fait penser à une aquarelle, si délicate à réaliser tant les coups de pinceaux donnés sont rapides et définitifs, ou des esquisses répétées d’un personnage toujours en mouvement, dans un paysage sans cesse renouvelé. Et l’art de l’aquarelliste c’est de ne pas se permettre les retouches, les remords. Ça devient ce que c’est jeté.

Autre analogie sur le style de Yasmina Reza dans ce livre, cette prégnante impression que chaque page, chaque chapitre prend consistance dans un éclair de flash. Pas celui d’Elodie la photographe qui collait aux basques du candidat mais bien ceux de l’auteure dont l’effacement -voulu- dans l’équipe se voyait ainsi troublé par de fulgurantes interventions du personnage de son livre. Puis fondu au noir, jusqu’au prochain éclair, facile d’en faire un film. Combien de jours ont duré ces « noirs » en regard aux fulgurances sarkosiennes. Trop certainement. Un reproche quantitatif à madame Reza : tant de bruit pour ça ! à moins qu’un tome deux soit en préparation ? Vu le talent littéraire de l’auteure, le long temps passé auprès du candidat – à la personnalité aussi marquante – ce livre aurait pu nous offrir un peu plus que ces 180 pages. Et plus d’éclairs.

Beaucoup de lecteurs ont été déçus par le contenu du livre, rien de nouveau, rien d’intéressant, rien d’essentiel… sur le candidat, disent-ils. Oui, mais c’est de la littérature pas du marketing de parti politique ou de vendeurs d’images et de mots qui surgissent avant chaque élection. On aime ou pas, mais le style est nouveau pour le genre.

Pour ma part sa lecture m’a été agréable, j’en même tout fait pour oublier le nom du candidat et mieux apprécier ce jeu de vie qu’est la course au pouvoir d’un homme qui sans cesse s’enfuit pour « déjouer l’encerclement des murs, leurs silencieuses manoeuvres.

©RichardB

Quelques « extractions » commentées :

Un voyage pour où ? vers « la dernière marche […] presque arrivé en haut. » dit le candidat NS. « Existe-t-il dans une vie humaine un espace qui s’appelle « en haut » ? Quel désenchantement si cela était. » écrit dans la foulée Yasmina Reza. Philosophie.

Puis, toujours YR, en parlant des hommes politiques : « Ils jouent gros. Ils sont à la fois le joueur et la mise. » Je n’ai pas continué de lire la phrase car je me suis dit qu’on en est tous là dans la vie. Dès qu’un challenge est à relever, on s’expose. Autant que les politiques. Qui ont, certainement, plus de moyens de se retourner que le citoyen lambda. Et puis la fin de la phrase de Reza est arrivée : Ils ne jouent pas leur existence, mais plus grave, l’idée qu’ils s’en sont faite. Vrai, le moteur d’un homme – ou d’une femme – qui aspire à de hautes fonctions a presque toujours, et uniquement, pour carburant l’ego. Surtout en politique.

Quand elle l’entend dire « La fragilité, c’est ce qui rend la solidité supportable. », le voit-elle fragile ou solide ? Et nous ?

Et « rester en devenir ». L’obsession de tous ceux à qui j’ai donné un nom et une voix. » Le bain de la politique. Reza a du vraiment s’y sentir étrangère.

Quelques phrases crues prononcées par NS sont relevées par l’auteur. En citant son adversaire du PS : « Est-ce qu’elle m’aide ? […] Ce n’est pas sûr que le fait d’être nulle soit forcement un handicap en France ! » On apprécie ou pas, on est d’accord ou pas, mais, dans toute sa crudité… la question est posée.

Sur les artistes apportant leur soutien et qui « endossent avec une gravité furieuse le statut d’intellectuel au lieu de demeurer dans leur domaine et leur raison d’être : la fantaisie. Tout est dit, il y a bien deux sortes de micros. Confusion des genres néfaste.

Et sur le débat de la « médiacrité » ambiante que je soulève par ailleurs dans ce blog : « Je suis une source inépuisable pour les articles de merde. » dit NS. Il n’a pas tort. Mais il n’aurait peut-être pas fallu le dire à deux journalistes de quotidiens dits sérieux (Le Monde et Le Figaro) et réserver cette remarque aux médias… de merde. Quoique, par ailleurs, on peut relever, ici où là, une certaine baisse de qualité des médias dits jusqu’alors… de qualité. « Les faiseurs de bruit. » dirait Yasmina.

2008 - Posted by | LivresLus

Un commentaire »

  1. Pas d’accord avec Posuto. Ce livre de Réza sans Sarkozy n’aurait pas plus d’intérêt, toutes proportions gardées, que « Les Chênes qu’on abat » de Malraux sans de Gaulle. Pour faire un vrai objet littéraire avec une campagne électoral, il fallait ici jouer cartes sur table. Que les anti-sarkozistes se rassurent : le personnage n’en sort pas grandi.

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    Commentaire par arion | 2008


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