En Vrac & sans Trac

textes & photos : ©RichardB

Liberté, égalité, fraternité

Liberté, égalité, fraternité, noble devise ; mais à y regarder de plus près, l’un de ses termes me paraît posséder plus de force, de réalisme et d’humanisme que les deux autres.

Liberté
Libre ! de quoi ? de qui ? Pensez-vous une seconde être libre, vraiment libre ? Libre de votre environnement, de votre condition, de votre éducation, de vos croyances ? Que pensent de cette liberté votre patron, l’œil rivé sur la pendule, le policier soulevant votre essuie-glaces, le percepteur qui totalise vos euros si librement gagnés, le chef de parti politique ou le président d’association réclamant votre adhésion annuelle, chiffrée faute d’être morale. Et le prof de votre gamin, tyrannisé ? – notez l’importance de la virgule, à ôter suivant le cas. Et votre propriétaire souvent en avance, votre locataire toujours en retard ; et le curé culpabilisant les absences du dimanche, et les médias téléleurrant chaque 20h et les « Ricaintrusifs », Google, MS, Facebook & cie aux libres accès à toutes libertés… virtuelles ? Et l’apesanteur ? Et Dieu ? Et votre conjoint ? Que pensent donc tous ces tyrans potentiels de votre pseudo liberté ? Essayez donc de leur échapper. Libres, oui, sous condition !

Égalité
Ah ! l’égalité ! quel mot magique. Elle est pourtant le mensonge le plus couru des politiques et démagogues, leur promesse la moins tenue ? Et pour cause : égalité pour tous, justice équitable pour tous, quelle utopie ! Toute l’histoire de l’humanité, de toute existence même, repose sur la non-égalité,  sur l’affrontement entre le fort et le faible, sur la volonté du plus et du mieux. C’est même l’égalité manquante par essence à toute création qui est  le moteur et la raison de toute vie ; un monde d’égalité absolue ne survivrait pas à son uniformité et à la suffisance qui en découlerait. La notion de progrès elle-même est paradoxalement synonyme d’inégalité, de par le temps, les lieux et son mode de distribution.
Et nous, dans notre quotidien, égaux ? Allons ! quid de la naissance ? qui riche, qui pauvre, qui gaspille, qui mendie. Et la beauté, la laideur ? combien pèse pour chacun de nous ce corps compagnon de vie et de mort ? cela vous est égal ? grand, petit, gros, maigre, visage ingrat, face d’ange ?  Nobel ou « mal comprenant », instruit à Neuilly ou détruit en banlieue ? Égalité devant la maladie  ? rien de plus inégalement partagé par la nature ou les dieux, chacun a une histoire familiale pour en apporter la preuve. Quant à l’égalité démocratique ? oui, je vote… pour celui, ou celle, désigné par des plus égaux que moi. L’égalité des peuples, l’égalité des races, l’égalité des sexes, l’égalité dans la culture… un rêve. Non pas que cela me soit indifférent mais il ne faut pas être naïf, toute égalité est relative. Donc inégale.

Fraternité
En fait, la liberté est un leurre, l’égalité une utopie. Seule la fraternité est vérité, elle qui enfante les valeurs fondamentales de l’humanité, l’amour et le respect.  La fraternité n’est pas le rempart absolu contre les libertés bafouées et l’inégalité instituée mais elle en adoucit la rudesse, elle renforce espoir et espérances, elle amalgame les injustices dans le pardon et les privations dans le partage.

Je veux être libre ? cela ne dépend pas uniquement de moi. Je veux être doté des mêmes atouts que n’importe quel autre être humain ? encore une fois il me faut demander, espérer l’égalité. Mais, sans contrainte, sans attente ni paiement, je peux donner de l’amour, de l’amitié, du respect, je peux faire acte de fraternité à tout moment. Et cela m’appartient totalement. La fraternité est le signe de l’homme dans un univers enchaîné et inégalitaire. Une fraternité libre et égale pour tous.

RichardB

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2011 Posted by | Oh ! moi, ce que j'en dis.... | 4 commentaires

sing, sing, sing

Textes et musique, Louis Prima,  vous savez le just a gigolo.

Sing, Sing, Sing, Sing
Everybody’s Got To Sing
Stick With Us We’ll Have A Ball.

Sing, Sing, Sing, Sing
Everybody’s Got To Sing
Stick Around We’ll Have It All.
Music Brightens Up The Day
Now, If You Like It We Will Stay.
Sing, Sing, Sing, Sing
Everybody’s Got To Sing
Stick Around, Shake It Down. Lire la suite

2011 Posted by | Oh ! moi, ce que j'en dis.... | 2 commentaires

Fouché, l’instinct de survie

Stefan Zweig, Fouché, biographie,
traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac

Pourquoi après le Hoover de Marc Dugain et avant d’attaquer les mémoires de Talleyrand, s’intéresser au Fouché de Zweig ?

Malsaine attirance pour les « pourris » de la politique, les  grands manipulateurs de l’Histoire, les « traitres » patentés du pouvoir ?  Non, tout simplement pour le caractère exceptionnel de ces personnages, pour leur force tranquille face à l’adversité, pour leur courage face à la mort sans cesse risquée lors de  chacune de leurs actions. Des anti héros, oui mais… héroïques. Ces disciples de Machiavel, hors du commun mortel, ont la faculté d’être au bon endroit et quand il  le faut ; « ici et maintenant » aurait dit un autre grand manipulateur du 20e siècle. Ce sont de fins psychologues, dénués de tout scrupule et sans pitié ; des êtres d’une infinie complexité mettant souvent en œuvre une stratégie d’une grande simplicité : l’élimination par tout moyen d’une quelconque adversité. Leur incroyable sens politique, leur rapidité de décision, leurs choix sans cesse affinés, leurs alliances jamais définitives et leur volonté sans faille leur permettent de traverser les plus terrifiants moments de l’Histoire,  se jouant même des grands personnages de leur époque.

Deux de ces « diables » ont vécu dans la même période, la fin du 18e siècle et le début 19e, et ils en ont partagé toutes les heures dramatiques, tantôt ennemis, tantôt alliés, jamais amis : Talleyrand et Fouché.  Tous deux savaient voir  » les orages futurs […]  derrière l’horizon » et ne jamais affronter les tempêtes sans abri.

Écoutons Chateaubriand présenter nos deux hommes, comme à son habitude si simplement et pourtant avec tant de force :  » …  Tout à coup une porte s’ouvre: entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. […] (Mémoires d’outre tombe)

De ces deux personnages de l’Histoire de France, Fouché est vraiment à part. C’est un joueur. Rien ne l’intéresse que la confrontation,  l’ombre, la machination (le plus merveilleux de tous les jeux). Et rien ne résistera à la pugnacité et au machiavélisme du ministre de la police : la Royauté, les Montagnards, les Jacobins, la Convention, la République, Robespierre, Barras, l’Empire.

Napoléon lui-même craignait Fouché (ombre rampante derrière sa lumière). Il en fut le plus grand adversaire et le trophée le plus célèbre.

Ajouté au talent de Stefan Zweig, cette biographie se lit comme un polar, ou plutôt comme l’un de ces bons livres d’espionnage, où l’on ne sait plus qui joue avec qui, ou contre qui.

Sauf le maître du jeu.

2011 Posted by | LivresLus | Un commentaire