En Vrac & sans Trac

textes & photos : ©RichardB

Fouché, l’instinct de survie

Stefan Zweig, Fouché, biographie,
traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac

Pourquoi après le Hoover de Marc Dugain et avant d’attaquer les mémoires de Talleyrand, s’intéresser au Fouché de Zweig ?

Malsaine attirance pour les « pourris » de la politique, les  grands manipulateurs de l’Histoire, les « traitres » patentés du pouvoir ?  Non, tout simplement pour le caractère exceptionnel de ces personnages, pour leur force tranquille face à l’adversité, pour leur courage face à la mort sans cesse risquée lors de  chacune de leurs actions. Des anti héros, oui mais… héroïques. Ces disciples de Machiavel, hors du commun mortel, ont la faculté d’être au bon endroit et quand il  le faut ; « ici et maintenant » aurait dit un autre grand manipulateur du 20e siècle. Ce sont de fins psychologues, dénués de tout scrupule et sans pitié ; des êtres d’une infinie complexité mettant souvent en œuvre une stratégie d’une grande simplicité : l’élimination par tout moyen d’une quelconque adversité. Leur incroyable sens politique, leur rapidité de décision, leurs choix sans cesse affinés, leurs alliances jamais définitives et leur volonté sans faille leur permettent de traverser les plus terrifiants moments de l’Histoire,  se jouant même des grands personnages de leur époque.

Deux de ces « diables » ont vécu dans la même période, la fin du 18e siècle et le début 19e, et ils en ont partagé toutes les heures dramatiques, tantôt ennemis, tantôt alliés, jamais amis : Talleyrand et Fouché.  Tous deux savaient voir  » les orages futurs […]  derrière l’horizon » et ne jamais affronter les tempêtes sans abri.

Écoutons Chateaubriand présenter nos deux hommes, comme à son habitude si simplement et pourtant avec tant de force :  » …  Tout à coup une porte s’ouvre: entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. […] (Mémoires d’outre tombe)

De ces deux personnages de l’Histoire de France, Fouché est vraiment à part. C’est un joueur. Rien ne l’intéresse que la confrontation,  l’ombre, la machination (le plus merveilleux de tous les jeux). Et rien ne résistera à la pugnacité et au machiavélisme du ministre de la police : la Royauté, les Montagnards, les Jacobins, la Convention, la République, Robespierre, Barras, l’Empire.

Napoléon lui-même craignait Fouché (ombre rampante derrière sa lumière). Il en fut le plus grand adversaire et le trophée le plus célèbre.

Ajouté au talent de Stefan Zweig, cette biographie se lit comme un polar, ou plutôt comme l’un de ces bons livres d’espionnage, où l’on ne sait plus qui joue avec qui, ou contre qui.

Sauf le maître du jeu.

2011 - Posted by | LivresLus

Un commentaire »

  1. Un intrigant, vous dis-je!!!!!!!!!!!!!

    J'aime

    Commentaire par Patrick | 2011


Postez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s