En Vrac & sans Trac

textes & photos : ©RichardB

Gravity, film et… nouvelle ?

La bande-annonce de Gravity, le dernier film de Clooney (et la ravissante Sandra Bullock) me fait penser à une nouvelle écrite par votre serviteur, il y a quelques années. Faudrait peut-être que je téléphone à Hollywood pour les éventuelles royalties. La voici en réédition spéciale ci-dessous.

Allez voir le film et dites moi si j’attaque ou pas. Que la force soit avec vous.

Nouvelle – ©RichardB

1-IMG_0848Voilà, je suis seul. Comme personne ne l’a jamais été. Sauf Adam, peut-être, au début. Et encore, lui ne savait pas que la solitude existait. Depuis, l’homme a toujours eu des problèmes avec la solitude. Il la fuit sans cesse ou la recherche désespérément. Être ou ne pas être… seul.

Moi, je n’ai pas eu le choix, je suis le nouvel Adam, mais sans pomme pour sauver ma solitude en chargeant l’humanité de remords. Un signe, une parole pourraient inverser cette fatalité, comme dans le Jardin ? Mais je ne suis pas croyant, alors point de salut miracle. Amarres rompues, liaison coupée. Perdu de vue, sans nouvelles. A la dérive l’Adam, pour le restant de ses jours. Seul… Déjà dit ! Je répète mes mots mais les choses se répètent au royaume de la solitude. Et le temps est long. En fait, ce n’est pas un royaume, même pas un no man’s land… puisque j’y suis. Ce n’est même pas un endroit, car on n’y est jamais au même… endroit. Je n’ai pas froid, je n’ai pas chaud, je suis bien protégé, je n’ai pas faim, ni soif non plus. Tout est prévu ici. Même pas de déprime, les perfusions calmantes, ça sert à quoi ?
Alors, je profite de ma solitude. Pleinement. Dans la vie d’un homme il existe des moments privilégiés qu’il ne lui faut pas rater. C’en est un pour moi, je vais enfin pouvoir regarder l’existence dans le fond des yeux, jusqu’au bout de son univers, en toute quiétude, sans pollution extérieure, sans alibis inventés, sans aléas qui fabriquent les alibis. Seul, face à… rien. Rien entre Ça et moi. Il y a une forme de sublime dans la solitude extrême, la vérité n’a plus à se travestir. Bien, bon, beau, morale, amour, art, tous ces vêtements de l’humanité… dans le panier à linge de la solitude !
Comme vous certainement, j’avais déjà croisé la solitude. Enfant perdu en forêt, amant rejeté par une femme, complice trahi par l’amitié, homme trompé par ses convictions. Les convictions, oui, car elles ne vieillissent pas toujours en phase avec le monde, vous abandonnant souvent en compagnie de leur désastreuse certitude. Celle de n’être jamais seul.
J’avais déjà croisé la solitude. Mais je n’avais encore jamais eu l’opportunité de penser à l’idée elle-même. Est-ce la même affaire qui isole un être dans le tumulte d’une société où il n’a plus sa place, ou bien qui le rejette dans un espace sans autres, le regard égaré vers un mieux qui n’existe pas ? Solitude en cité ou solitude en désert. L’une alliée à la schizophrénie, l’autre au mysticisme. Pas de génération spontanée, sauf pour Adam. La solitude est toujours enfant du désir de l’homme… ou de son rejet. C’est son référent.
De quoi parle-t-il ? pensez-vous. Son isolement lui monte à la tête, il devient fou ! Oui, vous avez raison je vais le devenir, c’est la suite inéluctable de mon histoire. Mais pas maintenant, attendez, j’ai assez d’air pour philosopher quelques lignes encore. On me le doit, c’est tout ce qui me reste, tout ce qui m’appartient… cette solitude. Et je la veux grande, la plus grande, la plus intense jamais vécue par un homme. Adam, pauvre solitaire de seconde division, je vais te dépasser dans l’histoire de l’univers, tu ne seras plus l’un en la matière. La folie, disiez-vous ? la folie, seule issue ? Peut-être, mais avez-vous pensé au suicide ? Encore faut-il avoir la volonté de cet acte suprême anti-solitude. Beaucoup l’ont eu ce lâche courage. Moi, je n’y pense même pas, je suis trop bien. D’ailleurs, je ne pourrai pas y arriver, je n’ai aucun moyen matériel de passer à l’acte. Si ce n’est de cesser de respirer. Mais essayez, vous verrez, c’est impossible. La vie, cette formidable machinerie, accroche à vos poumons ses atomes d’oxygène, règle son débit sans tenir compte de vos aspirations. Cette vie a un instinct de survie trop développé pour vous laisser la maîtrise du choix. Alors, il faut attendre, la fin de la bouteille d’oxygène.

Comment puis-je être assuré d’être si seul ? Il y a peut-être quelqu’un qui peut m’aider, me secourir, essuyer les larmes de désespoir que je n’ai pas encore libérées, quelqu’un pour me tendre la main, arrêter cette errance qui s’annonce éternelle. Vous en voulez encore des clichés ? J’ai tout mon temps pour vous en proposer… Non ! Je le dis bien haut, pour moi tout seul, personne ne peut m’aider ! Ils sont tous trop loin de moi. Aussi assurés de leur impuissance que je le suis de leur non venue. Et si aucun scientifique ne peut empêcher ma solitude, aucun psy ne pourrait en atténuer ses effets. Elle est mon problème. A jamais. Enfin, pour quelques temps encore.
Mais je m’éloigne trop de mon sujet. Adieu ! à vous tous.
Votre Adam.

CaptureLe 13 février 2100, la N&ESA a diffusé un communiqué signalant un accident gravissime sur la station de recherche de vie extra-terrestre, Solitude II. Cet épisode dramatique dans la quête menée avec acharnement par l’humanité pour rompre son isolement dans l’univers a causé la disparition du spationaute Adam B, alors qu’il effectuait une sortie en scaphandre, aux alentours de l’étoile 123WX. Adam B est le premier voyageur porté disparu dans le cosmos. ©RichardB

2013 Posted by | CinéCinoche, Mes Nouvelles | 5 commentaires

Films tweettés

Petits essais de contraction de texte à la Twitter. Pas facile de caser le grand écran dans un tout petit n’autorisant que 140 signes (espaces et ponctuation compris) ! Essayez et n’hésitez-pas à placer vos ciné-tweetts dans les commentaires, je les incorporerai dans l’article.

rocky Rocky 

Adrian, Apollo y casse ma tête ! Adrian, Tiger y tape mon oeil ! Adrian, Drago méchant rouge ! Ben  relève-toi, Balboa. Allez, 1 2 3 4 5

apocalypse-nowApocalypse now 

Hélicos sur crane rasé, canonnière en approche, frayant la jungle à coups de machette rédemptrice.

 cm1506070953 Kaguemuscha

Plaines du Japon, empire chancelant, lances brisées, étendards claquants, guerrier en ombre, âme sans reflet, montagne immobile

star-wars

 Star wars

Tresses royales, peluche géante, aspirateur parlant, truc volant, masque essoufflé, gant noir, néons agressifs dans… Lucarne

affiche_Lawrence_d_Arabie  Lawrence d’Arabie 

Grain de sable anglais dans thé turc, rêve de dune, piliers de révolte, conquête d’âmes et déserts. Trahison. Moto cassée ! Genèse d’OPEP ?

2013 Posted by | CinéCinoche | Un commentaire

Avatar… américain !

Avatar, le film qui « cartoon » ! Allez, je vous donne mon avis, à l’américaine, type Twitter en 140 caractères maxi :

en un mot : américain

en deux mots : magnifiquement stupide

variante en deux mots : stupidement magnifique.

Le jour où les américains demanderont (et écouteront) des scénaristes français pour leurs « grandes » productions,  on évitera peut-être ces nunucheries à deux balles – façon de parler, la place est à 13 euros, avec lunettes ! –  Des UScénari donc, dégoulinant de fausse poésie et de sentimentalisme anti-méchants blancs-qui font-du-mal-aux-gentils-sauvages qui ne  demandent rien qu’à continuer à vivre en mode écolo sans cette cochonnerie de progrès qui fait pas du bien à la terre en la réchauffant.

With the french touch, on aurait enfin des personnages réalistes, méchants un peu gentils et gentils pas tout clean… comme dans la vraie vie, quoi ! A quand les remake français des films grande production américains ? Non, je rigole !

Pour le moment, une fois la grosse batterie d’effets spéciaux et d’imagerie 3D digérée, une fois le battage médiatique type débarquement en Normandie ensablé, je ne pense pas qu’Avatar demeure dans les mémoires et qu’il crée la même file de fans que Star Wars ou Star Trek, ou l’estime cinématographique de 2010 (voire même de Dune).

Ben oui, il faut bien un vilain petit canard qui ne se laisse pas écraser dans les longues files d’attente popcornisées de monsieur Pathé.

Allez, que la farce soit avec vous ! RichardB

ps : ici aussi, on apprécie moyennement AAAaaargh !! ; et ici non plus : Le Point

2010 Posted by | CinéCinoche | | Laisser un commentaire

La presque élégance du Hérisson

Le hérisson
Le hérisson

Muriel Barbery peut être satisfaite, les personnages de son livre « L’élégance du hérisson » ont trouvé « leur tête » dans le film de Mona Achache, « Le hérisson ».  Josiane Balasko, Togo Igawa et surtout Garance Le Guillermic sont parfaits pour représenter les personnages de Barbery. Sensibilité d’acteur, physique de l’emploi, adaptation du scénario, tout y est pour que ce film soit aussi apprécié que le livre.

Pourtant, un petit bémol : pourquoi un film « d’après » le livre – sic la réalisatrice – alors qu’il respecte à la lettre la trame du roman ? est-ce par timidité face au succès médiatique du livre ? est-ce par pudeur devant la densité des personnages ? En tout cas, lapsus révélateur,  le film est aussi incomplet que son titre. Lui manque l’élégance pour en faire un grand succès ; lui manque certaines scènes irrésistibles comme cette visite de Paloma et de sa mère chez le psy de cette dernière ; lui manque  de la densité quant à certains personnages du roman, la femme de ménage et… le chat Léon.

Mais tout ceux qui, comme moi, ont adoré le livre ne seront pas trop déçus. Juste un petit arrière goût d’inachevé.

RichardB

2009 Posted by | CinéCinoche | Laisser un commentaire

Largo

Le blog de Largo

largo winch

Largo, GO ! Allez voir ce film, que vous ayez apprécié la BD ou pas. Pas un chef d’oeuvre du cinéma, juste un excellent film d’action, intelligent (donc pas américain) et pas trop sanguinolant (donc pas américain), avec de l’humour, de l’émotion, des scènes d’action “en vrai”. BRAVO ! monsieur Jérôme Salle.

Ici, pas de grosse voix grave (américaine) de bandes annonces racolleuses ;  pas d’effets spéciaux débilisants à la James Bond  ; pas de roulements de grosse caisse à chaque coin de rues, vous savez quand le méchant apparaît – just the regard in the light. Et un scénario qui tient la route (merci Jean Van Hamme et Philippe Francq).

En fait, un film comme avant, avec des acteurs et des situations réalistes. Du cinoche, quoi ! pas du montage informatique.


2009 Posted by | CinéCinoche | Laisser un commentaire

Michael Clayton

Ouais, il est toujours beau ! ouais, il a un charme fou, même pas rasé et les yeux cernés ! ouais, irrésistible et crédible dans son rôle d’avocat couleur plutôt marron ! oui, oui, oui, George Clooney (Michael Clayton) est bien présent* dans le film.

Mais, ce que j’ai surtout apprécié dans ce scénario de dézingage de méchante grande société multinationale d’agrochimie qui veut du mal à l’humanité (du déjà vu dans d’autres films), c’est surtout le rôle et l’interprétation de l’ami du beau Michael (George).

C’est lui, Tom Wilkinson, qui enclenche la lente prise de conscience de notre avocat trop mûr et son revirement : ses paroles en voix off qui entament le film dans un délire de maniaco-depressif en manque de cachet situent bien le contexte et l’environnement de l’histoire. Cet environnement, c’est également celui qui entoure notre quotidien protégé par ses lâchetés, ses faiblesses, celui dont on ne veut pas entendre parler, celui de l’argent dictateur, du pouvoir sans âme et sans avenir.

Un excellent film, aux personnages possédant tous de la “profondeur” en particulier celui joué par l’excellente Tilda Swinton.

PS : petit râlage d’après séance : quant aux critiques de cinéma (TV surtout) qui mettent en garde le futur spectateur quant à la complexité du scénario, je les invite à commenter uniquement les films de Bruce Willis, ceux dont le fil conducteur est très simple et se compte au nombre de cadavres qui s’alignent pendant deux heures. Si un petit flash-back bouleverse à ce point nos experts du cinéma (et quelques spectateurs victimes du surdosage médiatique), alors qu’ils changent de métier et nous laissent remuer un peu nos méninges ; ça s’appelle de l’entraînement et ça participe également à la lutte contre la maladie d’alzheimer.

En fait, en les écoutant, j’ai pensé à cette citation de Victor Hugo : “[… l’imagination c’est l’intelligence en érection.”

* (Et ailleurs , là où on souffre.)

2008 Posted by | CinéCinoche | Laisser un commentaire