Photothèque RichardB

Voyage en Chine

album Ni hao

album Ecoutez les statues

lien versphotos ©RichardB

juin 2011 :

NeW-YoRk

La ronde du temps et des idées

La lecture d’un livre entraîne parfois des réflexions parallèles à son sujet principal. Gustave Le Bon a écrit l’un des ouvrages références en matière de sociologie et de psychologie : “Psychologie de la foule“. Outre son grand intérêt sur l’étude du caractère des hommes en foule, on peut y trouver en filigrane quelques analyses diverses sur la société, analyses qui ont fait dériver mes pensées sur le voyage des idées au travers du temps, sur l’actualité des écrits, sur la continuité de la pensée, les leçons apprises, et oubliées…

Quelques extraits significatifs :

L’époque actuelle constitue un des moments critiques où la pensée humaine est en voie de transformation. Deux facteurs fondamentaux sont à la base de cette transformation. Le premier est la destruction des croyances religieuses, politiques et sociales d’où dérivent tous les éléments de notre civilisation. Le second, la création de conditions d’existence et de pensée entièrement nouvelles, engendrées par les découvertes modernes des sciences et de l’industrie.“  Ah ! bien vu, monsieur Le Bon ! évaporées nos chères utopies, désertées nos églises endimanchées, introuvables nos grands hommes politiques, honorés ou honnis. Voici l’ère de l’audiovisuel et de ses téléréalités, de l’informatique et de sa virtualité, de l’immédiateté politique et de ses shows hypnotiques, des foules dans l’Internité, pour l’éternité ?

Plus loin, un autre extrait du même livre, sur un sujet différent, la justice et les témoignages des enfants : ” Les affirmations des enfants ne devraient jamais être invoquées. Les magistrats répètent comme un lieu commun qu’à cet âge on ne ment pas. Une culture psychologique un peu moins sommaire leur apprendrait qu’à cet âge, au contraire, on ment presque toujours. Le mensonge est sans doute innocent, il n’en constitue pas moins un mensonge. Mieux vaut jouer à pile ou face la condamnation d’un accusé que de la décider comme on l’a fait tant de fois d’après le témoignage d’un enfant.” Ça vous rappelle certainement un terrible fait d’actualité récent, dont nombre d’experts de la chose enfantine nous ont depuis rabâché protocoles, thèses et antithèses sur le sujet.

Un dernier extrait, plus politique : “Épier l’opinion est devenu aujourd’hui la préoccupation essentielle de la presse et des gouvernements.” La messe est dite : on ne fait plus, on empêche de défaire. Le temps de la politique n’est plus, celui du spectacle arrive. Je suis d’accord avec Gustave !

Bon, vous me direz que ces argumentations et analyses vous sont connues, du déjà lu dans nos hebdos, déjà visionné sur nos smartphones,  souvent rabâché dans les JT. Quel média, quel parti politique, quel philosophe n’a pas abordé, analysé, compris et diffusé ces thèmes de l’évolution de nos sociétés, de l’innocence de l’enfant, de la dictature de l’opinion et de courtitude* d’idées de nos politiciens ?

Oui, vraiment, ce cher Le Bon n’invente rien, et ces analyses n’ont rien de transcendant. Ah ! au fait, Gustave Le Bon a écrit ce livre en… 1895.

*©RichardB

Psychologie des foules. Gustave Lebon – Ed. Le Monde/Flammarion “Les livres qui ont changé le monde”

Les trésors de la Mer Rouge

Romain Gary, alias Emile Ajar… ou le contraire !

Un petit bijou de livre, surtout pour ceux qui ont eu la chance de visiter ces contrées, rudes mais combien attachantes, Yemen, Erythrée, Djibouti, Territoire des Afars et des Issas. Les sensations vous reviennent et vous submergent au fil des mots de Gary, avec ce petit pincement au cœur que connaissent tous ceux qui ont “promené” leur âme dans la corne de l’Afrique.

Une ballade “journalistique” du diplomate Romain Gary dans l’espace et le temps des colonies françaises.

Bon, c’est certain, ça ne vient pas de sortir mais sa lecture (re) est un vrai plaisir littéraire et un témoignage humain et historique intéressant.

 

Gauche, Droite, la chienlit !

Femmes et hommes politiques de France, vous fatiguez les Français avec votre sempiternelle et stérile querelle droite/gauche. Querelle d’un autre temps sans mondialisation, sans Internet ni Chinois conquérants mais avec discours staliniens ou relents fascistes encore de mise. En fait, vous ne vous battez pas pour la République mais pour votre élection – ou réélection, surtout depuis le désastreux choix du quinquennat – vous ne préparez pas l’avenir de la nation mais celui de votre pré-carré peopolisé ou de vos retraites dorées, vous n’hésitez pas à sacrifier le bon sens général qui ne serait pas le bon sens de votre  parti, vous défendez vos pairs fautifs alors que, à gauche comme à droite, vous prônez la morale de l’exemplarité au citoyen.

Pourtant, de nos jours, quelle raison donner à cette répartition binaire ridicule, même si elle a eu son intérêt dans l’histoire ? L’économie ? allons, plus rien ne différencie gauche et droite sur cette île noyée dans la mondialisation commerciale, cigale et fourmi sont condamnées à œuvrer ensemble. Le social ? l’humanisme est dorénavant une valeur bien ancrée en Occident et c’est une bonne chose. La culture ? voyons, la France est un assez vieux pays formé de sueur, d’amour et de sang pour ne pas avoir à se renier ? L’écologie ? mais tout le monde veut sauver la planète, avec sincérité ou calcul. Et vous-mêmes, gens élus, élites autoproclamées, n’êtes-vous pas tous issus de même mère, la politique et de même père, le pouvoir ? Quelle différence entre vous, si ce n’est un classement de sortie de cours à l’ENA pour certains, un parrainage ou une affiliation de jeunesse pour d’autres, un héritage familial pour ceux nés une cuillère d’argent dans la bouche et pas assez futés pour intégrer Sciences-Po ou enfin, pour les derniers, l’aigreur de ne faire partie d’aucune des positions citées ci-avant.

Tu prends la voie de droite, bon, d’accord, je prends celle de gauche et à plus tard dans l’arène électorale pour les grands jeux du cirque démocratique. Tout se déroule dans la première enfance disent les pédo-psys, pareil en politique, la voie est tracée dès le départ. Ensuite, et même si ses convictions personnelles en prennent un coup dans l’aile, on applique à outrance et sans discontinuité le dogme de l’église accueillante – avec pugnacité et mauvaise foi au risque d’être abandonné en cours de route par les camarades plus partisans. Certains même se dévouent à la cause, ruinent leur carrière (leur espoir de carrière) et deviennent les hérauts d’une surenchère perpétuelle, abordant souvent les frontières de l’indécence et de la malhonnêteté intellectuelle. Vous les reconnaîtrez facilement, à droite comme à gauche, ils vous rappelleront ces roquets de rue, aboyeurs des choses qui passent, au seul but qui est celui du bruit fait et du dérangement accompli. Ailleurs, au milieu, coule une rivière, celle aux eaux remuées d’un centre droit qui lorgne à gauche ou d’un milieu gauche qui ne tient plus droit. Même là, le trouble est bipolaire.

Gens de la politique, vous n’œuvrez plus pour la société, vous ne faites que protéger votre société, ce microcosme élitiste parisien et ses acolytes des médias, des intellectuels marchandisés et du show-bizz. Le temps des combats idéologiques, des blocs Est/Ouest, des colonies de papas pieds-noirs est fini ; on ne gobe plus les utopies de gauche ni les couleuvres de droite comme auparavant. Ressaisissez-vous ! donnez un  statut à l’homme politique qui le protège lors de sa reconversion mais qui lui interdit tout professionnalisme de l’élection, interdisez tout cumul handicapant et trop sujet à tentations malsaines. Enfin, remettez le septennat en place avec un mandat unique pour chaque président, la fonction faisant l’Homme de l’Histoire, les promesses pourraient enfin être tenues.

chienlit : ennui, agitation, désordre, pagaille, mascarade

©RichardB

Les Cassandre peuvent se tromper

Partout leurs mea-culpa inondent nos écrans et noircissent les images de nos vies, leurs mots emplissent de fatalisme les colonnes de nos journaux.  Économie, écologie, culture, science, politique, rien n’est épargné dans leur quête du malheur quotidien. Eux ? les catastrophistes patentés, Nostradamus professionnels, gourous annonceurs d’une planète future dévastée – ignorant les souffrances de la planète actuelle – pleureuses modernes muselant toute émergence d’optimisme dans le dogme de leur pensée unique, celle de la désespérance et du refus du progrès. A part les nihilistes et anarchistes des siècles derniers qui donc a remis autant en cause l’homme et son action durant ces années 2000 ?

Et les médias les adorent ces Cassandre – “La catastrophe est l’aubaine médiatique par excellence” (Michel Onfray) – pensez-donc, pas une journée sans une catastrophe annoncée pratiquement en direct-live dans les chaumières grâce à la mondialisation de l’information et Internet. Pas une heure sans que statistiques d’avenir infernal et pourcentages de risques terrifiants ne nous soient infligés. Que d’images choc offertes aux avides JT, que de phrases sur-titrées pour une presse papier en état de survie économique, que d’opportunités pour tous les experts et spécialistes de tout cran, refoulés en temps ordinaire par le bon sens et la raison ! Le “Tout va mal ! tout ira mal !” est le véritable fond de commerce de ces chantres des lendemains noirs, et il se vend bien dans la médiacrité actuelle (voir les piles de livres à la Fnac). Et surtout ne tentez pas la contradiction, voire même de souligner quelques incohérences, vous passeriez pour un réactionnaire sans scrupules (M. Allègre le sait). L’un de leur credo majeur : la planète meurt, la faute à l’homme. En fait, je crois que la planète se meurt de rire à nous regarder ainsi nous lamenter, pauvres insectes qui pensons en rythmer son existence.

De nos jours, toute la réflexion humaine affichée, donc vendeuse, devient émotionnelle, donc pathétique. La raison a disparu dans la compression du temps moderne. Et les vrais priorités sont reportées, oubliées.

Pensez, c’est discerner l’excessif et le partiel d’avec le juste, le complet et le sûr“, l’adage de Jean Guitton devrait être affiché dans toutes les écoles, sur tous les frontons de la République, dans toutes les églises humaines, en tête des règles d’éthique des donneurs de leçons, qu’ils soient de gauche ou de droite, verts ou rouges, qu’ils fassent tourner des moulins à vent ou des centrales nucléaires, qu’ils ne soient qu’intellectuels en retrait ou responsables en action. ©RichardB

- Michel Onfray signe dans Le Point du 24 mars un article sur ce sujet ; Catastrophe de la pensée catastrophique (dans un dossier spécial Nucléaire assez bien fait).  Extraits : “L’un des signes du nihilisme contemporain se trouve dans le pessimisme : la quasi-totalité des problèmes d’aujourd’hui sont abordés sous l’angle du pire. La logique médiatique n’est pas pour peu dans la prolifération de cette négativité : elle ne vit que de la catastrophe. [...] La catastrophe est l’aubaine médiatique par excellence. “

Et pour détendre un peu les Cassandre… et les zygomatiques :

Petits crimes dans l’oligarchie

La Gauche tuerait l’autorité. La Droite assassinerait la morale. Les profs achèveraient l’École. Les scientifiques détruiraient l’éthique. Les écolos anéantiraient le progrès. Les banquiers flingueraient la confiance. Les médias empoisonneraient la vérité. Que va t-on faire de tous ces cadavres ?  

©RichardB

 

Des hommes et des dieux

Je viens de visionner le film de Xavier Beauvois. Et bien je n’ai pas aimé Des hommes et des dieux, enfin, pas à la mesure de son succès public et d’un engouement médiatique un peu bizarrement emballé. En écartant l’horreur des faits qu’il relate et le martyr de ces pauvres frères sacrifiés à la barbarie humaine, je pense que l’exploitation médiatique de ce film le dépasse totalement pour des raisons cachées.

Des hommes et des dieux arrive en effet dans un contexte particulier alors que la question religieuse frémit en France, polluée d’incidences raciales, politiques, et électorales. Le film se retrouve – malgré lui – l’interprète de tous les dénis de la société française, de tous ces propos que le politiquement correct étouffe dans la pensée citoyenne afin qu’ils ne risquent pas de devenir langage de guerre pour les anti-occidentaux ou outil de culpabilisation pour les néo moralistes de tout cran. Un bon film, sans plus, se fait ainsi marketing de la quête de bonne conscience d’un monde occidental très accablé ces dernières années et qui n’ose pas exposer clairement les troubles qui le rongent. Il devient un ersatz de rébellion face à la souffrance des chrétiens dans le monde, souffrance non dénoncée à haute voix, il se fait étendard d’une prédominance catholique secrètement regrettée et de nos jours encore politiquement incorrecte. Il est récupéré par les non croyants comme preuve de la bonté occidentale vis à vis de ces ingrats peuples de la colonisation. Le tout oscillant entre non-dits culpabilisés et envies de dire étouffées par la menace de  la condamnation des bien pensants. Tout cela ne laisse pas préjuger d’un futur débat serein sur la laïcité si les paroles s’étouffent, se dissimulent, se perdent en circonlocution

Sur l’aspect purement cinématographique, là non plus je n’ai pas totalement adhéré, tant le décalage entre la gravité du sujet et la superficialité de la mise en scène m’a paru grande. Lambert Wilson n’est pas crédible en autocrate religieux qui donne presque l’impression d’avoir attendu-espéré cette situation extrême pour s’épanouir ; la conversion des frères souhaitant – avec lucidité – quitter le monastère au début du film se fait sans conviction ni démonstration de luttes internes ; la foi des moines ne nous est présentée que dans la répétition de chants incantatoires. Seul le médecin, dans ses actions auprès des villageois, nous fait un peu communier avec la mission humaine des moines. Le reste, filmer des potagers et une chorale qui chante juste ne relève pas du génie cinématographique et même la cène émouvante des visages illuminés de ces hommes de Dieu ne l’est en fait que par la beauté de l’œuvre de Tchaïkovski.  J’imagine le même scénario entre les mains d’autres réalisateurs plus experts en âme humaine.

Quant au fait de la question essentielle posée par ce terrible événement, rester ou partir, le débat est ouvert.  Un débat que l’Histoire et le tragique ont souvent mis en scène, celui du destin de l’homme, de ses choix et de ses croyances.

Liberté, égalité, fraternité

Liberté, égalité, fraternité, noble devise ; mais à y regarder de plus près, l’un de ses termes me paraît posséder plus de force, de réalisme et d’humanisme que les deux autres.

Liberté
Libre ! de quoi ? de qui ? Pensez-vous une seconde être libre, vraiment libre ? Libre de votre environnement, de votre condition, de votre éducation, de vos croyances ? Que pensent de cette liberté votre patron, l’œil rivé sur la pendule, le policier soulevant votre essuie-glaces, le percepteur qui totalise vos euros si librement gagnés, le chef de parti politique ou le président d’association réclamant votre adhésion annuelle, chiffrée faute d’être morale. Et le prof de votre gamin, tyrannisé ? – notez l’importance de la virgule, à ôter suivant le cas. Et votre propriétaire souvent en avance, votre locataire toujours en retard ; et le curé culpabilisant les absences du dimanche, et les médias téléleurrant chaque 20h et les “Ricaintrusifs”, Google, MS, Facebook & cie aux libres accès à toutes libertés… virtuelles ? Et l’apesanteur ? Et Dieu ? Et votre conjoint ? Que pensent donc tous ces tyrans potentiels de votre pseudo liberté ? Essayez donc de leur échapper. Libres, oui, sous condition !

Égalité
Ah ! l’égalité ! quel mot magique. Elle est pourtant le mensonge le plus couru des politiques et démagogues, leur promesse la moins tenue ? Et pour cause : égalité pour tous, justice équitable pour tous, quelle utopie ! Toute l’histoire de l’humanité, de toute existence même, repose sur la non-égalité,  sur l’affrontement entre le fort et le faible, sur la volonté du plus et du mieux. C’est même l’égalité manquante par essence à toute création qui est  le moteur et la raison de toute vie ; un monde d’égalité absolue ne survivrait pas à son uniformité et à la suffisance qui en découlerait. La notion de progrès elle-même est paradoxalement synonyme d’inégalité, de par le temps, les lieux et son mode de distribution.
Et nous, dans notre quotidien, égaux ? Allons ! quid de la naissance ? qui riche, qui pauvre, qui gaspille, qui mendie. Et la beauté, la laideur ? combien pèse pour chacun de nous ce corps compagnon de vie et de mort ? cela vous est égal ? grand, petit, gros, maigre, visage ingrat, face d’ange ?  Nobel ou “mal comprenant”, instruit à Neuilly ou détruit en banlieue ? Égalité devant la maladie  ? rien de plus inégalement partagé par la nature ou les dieux, chacun a une histoire familiale pour en apporter la preuve. Quant à l’égalité démocratique ? oui, je vote… pour celui, ou celle, désigné par des plus égaux que moi. L’égalité des peuples, l’égalité des races, l’égalité des sexes, l’égalité dans la culture… un rêve. Non pas que cela me soit indifférent mais il ne faut pas être naïf, toute égalité est relative. Donc inégale.

Fraternité

En fait, la liberté est un leurre, l’égalité une utopie. Seule la fraternité est vérité, elle qui enfante les valeurs fondamentales de l’humanité, l’amour et le respect.  La fraternité n’est pas le rempart absolu contre les libertés bafouées et l’inégalité instituée mais elle en adoucit la rudesse, elle renforce espoir et espérances, elle amalgame les injustices dans le pardon et les privations dans le partage.

Je veux être libre ? cela ne dépend pas uniquement de moi. Je veux être doté des mêmes atouts que n’importe quel autre être humain ? encore une fois il me faut demander, espérer l’égalité. Mais, sans contrainte, sans attente ni paiement, je peux donner de l’amour, de l’amitié, du respect, je peux faire acte de fraternité à tout moment. Et cela m’appartient totalement.

La fraternité est le signe de l’homme dans un univers enchaîné et inégalitaire. Une fraternité libre et égale pour tous.

RichardB

sing, sing, sing

Textes et musique, Louis Prima,  vous savez le just a gigolo.

Sing, Sing, Sing, Sing
Everybody’s Got To Sing
Stick With Us We’ll Have A Ball.

Sing, Sing, Sing, Sing
Everybody’s Got To Sing
Stick Around We’ll Have It All.
Music Brightens Up The Day
Now, If You Like It We Will Stay.
Sing, Sing, Sing, Sing
Everybody’s Got To Sing
Stick Around, Shake It Down.

L’une de mes versions préférées; Benny Goodman 1980, UN REGAL ! :

Aurex Jazz Festival”,  at Budokan(Tokyo, Japan)

et d’autres avec, bien sûr, en tête Benny Goodman 1930 et celle-ci ; une célèbre de Gene Krupa ; une dernière, disons  “pillage moderne“.

Fouché, l’instinct de survie

Stefan Zweig, Fouché, biographie,
traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac

Pourquoi après le Hoover de Marc Dugain et avant d’attaquer les mémoires de Talleyrand, s’intéresser au Fouché de Zweig ?

Malsaine attirance pour les “pourris” de la politique, les  grands manipulateurs de l’Histoire, les “traitres” patentés du pouvoir ?  Non, tout simplement pour le caractère exceptionnel de ces personnages, pour leur force tranquille face à l’adversité, pour leur courage face à la mort sans cesse risquée lors de  chacune de leurs actions. Des anti héros, oui mais… héroïques. Ces disciples de Machiavel, hors du commun mortel, ont la faculté d’être au bon endroit et quand il  le faut ; “ici et maintenant” aurait dit un autre grand manipulateur du 20e siècle. Ce sont de fins psychologues, dénués de tout scrupule et sans pitié ; des êtres d’une infinie complexité mettant souvent en œuvre une stratégie d’une grande simplicité : l’élimination par tout moyen d’une quelconque adversité. Leur incroyable sens politique, leur rapidité de décision, leurs choix sans cesse affinés, leurs alliances jamais définitives et leur volonté sans faille leur permettent de traverser les plus terrifiants moments de l’Histoire,  se jouant même des grands personnages de leur époque.

Deux de ces “diables” ont vécu dans la même période, la fin du 18e siècle et le début 19e, et ils en ont partagé toutes les heures dramatiques, tantôt ennemis, tantôt alliés, jamais amis : Talleyrand et Fouché.  Tous deux savaient voir ” les orages futurs [...]  derrière l’horizon” et ne jamais affronter les tempêtes sans abri.

Écoutons Chateaubriand présenter nos deux hommes, comme à son habitude si simplement et pourtant avec tant de force : ” …  Tout à coup une porte s’ouvre: entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. [...] (Mémoires d’outre tombe)

De ces deux personnages de l’Histoire de France, Fouché est vraiment à part. C’est un joueur. Rien ne l’intéresse que la confrontation,  l’ombre, la machination (le plus merveilleux de tous les jeux). Et rien ne résistera à la pugnacité et au machiavélisme du ministre de la police : la Royauté, les Montagnards, les Jacobins, la Convention, la République, Robespierre, Barras, l’Empire.

Napoléon lui-même craignait Fouché (ombre rampante derrière sa lumière). Il en fut le plus grand adversaire et le trophée le plus célèbre.

Ajouté au talent de Stefan Zweig, cette biographie se lit comme un polar, ou plutôt comme l’un de ces bons livres d’espionnage, où l’on ne sait plus qui joue avec qui, ou contre qui.

Sauf le maître du jeu.

Hommage à Jacqueline de Romilly

Jacqueline de Romilly est décédée ce 18 décembre. Une femme extraordinaire, une lumière anti-médiocrité et une barrière contre les nouveaux barbares.

Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. Et c’est ce qui menace d’engloutir notre idéal occidental et humaniste.

propos recueillis par Liliane Dehwasse Le Point 2007

Lire aussi le “J’accuse” sur l’enseignement en France

Jacqueline de Romilly participait aussi à l’Elan nouveau

Ronis, l’irréel dans le réel

J’aime beaucoup les photographes du 20e siècle, vous savez ceux qui n’avaient pas encore de couleurs, de téléobjectifs démentiels, de carte SD à 10000 photos de mémoire, d’écran pour vérifier la qualité de leur instantané instantanément ; enfin, les photographes d’avant avec cuves, planches contact et tirage salle de bains.

Parmi eux, il y a mon favori (avec Cartier-Bresson)  Willy Ronis. Photographe du réel,  ce dernier apporte sur nombreuses de ses photos une touche d’irréel, d’ailleurs, de… allez, j’ose, de mondes parallèles aux significations multiples. A vous d’imaginer, semble t-il nous dire.

Un beau cadeau de Noël .

Dernières nouvelles du solitaire

Petits destins

Autoportrait d’un inconnu @ici

La solitude de l’Adam @ici

Cyberigolade @ici

Victoire des signes

J’ai découvert sur la chaîne Mezzo ce ballet de Carolyn Carlson. Ce ballet est le fruit de la rencontre entre la chorégraphe, le peintre Olivier Debré, qui a conçu les décors et les costumes, le compositeur René Aubry qui en conçu la musique. Opéra Bastille.
Un enchantement.

TOULON, hier & aujourd’hui

éditions GEHESS

Penser…

Penser, c’est discerner l’excessif et le partiel d’avec le juste, le complet et le sûr” disait Jean Guitton.

couv291 Et, pour nous aider dans nos choix de vie ou tout simplement dans notre appréhension quotidienne des choses de la vie,je vous conseille la lecture du site (voire de leur revue) de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS). Vous y trouverez de nombreux dossiers permettant de se protéger des charlatans, pseudos scientifiques, “catastropheurs” professionnels, écolos illuminés et médias aux arrières pensées à sensation mercantiles et intéressés.

site de l’AFIS : http://www.pseudo-sciences.org/

“L’AFIS se donne pour but de promouvoir la science contre ceux qui nient ses valeurs culturelles, la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques. Elle se veut indépendante de tout groupe de pression et veut éviter toute concession au sensationnalisme, à la désinformation et à la complaisance pour l’irrationnel.”

Bernard Giraudeau, l’horizon l’a invité

Bernard Giraudeau nous a quitté ce 17 juillet 2010.  Le Point

Outre ses talents d’acteur et de réalisateur, Bernard Giraudeau était auteur de romans, dont certains sur le thème de la mer (Le Marin à l’Ancre 2001, Les Hommes à Terre 2004 et Les Dames de Nage 2007).

Il était l’un des  Ecrivains de Marine

Tout comme les Peintres de la Marine, les écrivains de Marine sont assimilés à des officiers de la Marine nationale (au grade de capitaine de frégate). Ils s’engagent « collectivement à servir la Marine, favoriser la propagation et la préservation de la culture et de l’héritage de la mer, et plus généralement la promotion de la dimension maritime de la France ».

Article de Mer et Marine sur la disparition de Bernard Giraudeau

Loti, fantômes d’Orient

“Mon mal j’enchante”. PL

Je lis actuellement ce recueil de ballades en Orient sur des textes de Pierre Loti.

” La fascination pour Pierre Loti (1850-1923) l’homme de lettres et Julien Viaud l’officier de marine en proie au vertige du double et à la tentation de l’Orient reste entière.

Cet hommage à un écrivain ”né sous le signe de l’adieu”, académicien à quarante ans, est une invitation au voyage comme au ”ressouvenir” : Constantinople, Alger, l’Egypte, le désert du Sinaï mais aussi le ”calme blanc” des brumes de l’Islande et la mélancolie de l’enfance à Rochefort…

L’ouvrage fait résonner les correspondances entre ses textes les plus célèbres – Aziyadé, Pêcheur d’Islande, Le Désert, Prime jeunesse, Fantôme d’Orient- et une centaine de peintures et oeuvres sur papier provenant de collections publiques et privées.

Delacroix, Decamps et les orientalistes peignent son univers aux couleurs de ”l’Ailleurs”. A Dauzats, Gérôme ou Brokman revient la part d’illustrer ses rêves d’espace et d’oubli. Des objets d’art et des autochromes donnent corps à la chimère architecturale de la maison natale de Rochefort. Enfin de nombreux dessins peu connus de la main de Julien Viaud / Pierre Loti viennent compléter le portrait de cet infatigable navigateur, héros mythique de la littérature postromantique française.”

Moins de 8 euros chez Mona lisait,
librairie de solde et d’occasion – Port de Toulon

Collectif, Pierre Loti. Fantômes d’Orient, Editions Paris-Musée, Paris, 2006, 174 p., 30 €. ISBN : 2-87900-962-6

Meeting du centenaire de l’aéronavale

Le meeting du siècle dimanche 13 juin 2010 Hyères

Photos : ©SolenneM – ©CharlotteB

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Autoportrait d’un inconnu

Nouvelle

Terrible gueule de bois ! Qu’avais-je ingurgité ? je me souvenais du Martini, du Porto et… et plus rien. La mémoire ne tient pas l’alcool et sombre vite sous les flots de Whisky… ah ! oui, il y avait aussi du Whisky ! Quelle stupidité, ces paris d’ivrognes ! Mais le bar est situé sous mon appartement et on m’y raccompagnait chaque soir de cuite. On me rapportait, serait un terme plus approprié. Quatre étages sans ascenseur, quatre-vingt kilos et quelques litres d’apéros à dos de poivrot. Les copains du bar, j’avais vraiment confiance en eux, jamais raté une marche ensemble.
Ce matin opaque, je me suis retrouvé au pied de mon lit, sur le chemin d’une énième résurrection quotidienne. Sans me cogner, j’ai évité la porte de la chambre entr’ouverte. Toujours entr’ouverte cette porte, avec angle agressif. Attention, porte, danger ! Remarquable comme réveil-méninges, ça actionne des réflexes de commando dès potron-minet. Avant, j’employais la technique dite de trouve-pantoufles pour que mon cerveau active ses neurones et mes pieds à la recherche des égarées. Mais pas assez de motivation. La porte elle, si on la prend une fois dans le nez, on doit s’en souvenir. Le tout c’est que personne ne modifie son orientation dans la nuit. Mais aucun risque, je vivais seul. Très seul.
Ensuite, la salle de bains pour éclabousser visage et carrelage, le salon pour lancer un CD de Rameau et la cuisine pour brancher la machine à café. Rameau, ça grandiose les matins tristes, ça virevolte les débuts de journée d’un tourbillon de violons. Rameau, c’est bon pour tous les matins du monde. Le soir, avant de descendre au bar, j’étais plutôt Pink Floyd.

Ce matin-là, j’ai écourté mon cheminement et je suis resté dans la salle de bains sans les Indes galantes
Les mains appuyées sur le rebord du lavabo, j’ai approché mon visage de la glace en décollant mes paupières ensommeillées et je suis parti à la recherche du blanc de mes yeux. Comme chaque matin, je n’y ai trouvé que voile d’eau-de-vie et traces de beuveries. Habituellement, à cet instant, je soupire fortement, referme les yeux avec grande lassitude et m’asperge d’une fraîcheur rédemptrice. Mais j’ai gardé les yeux ouverts. Attirés par leur double dans le miroir, hypnotisés par l’image d’un homme fatigué de ses trop courtes nuits. Un homme lâche, usé, vaincu. Un étranger qui s’invitait chaque jour dans ma salle de bains, se présentant comme un acolyte de fête. Une image à renier. Et acceptée. Délirium ? Non, sa consistance me faisait face, il installait son existence. Notre oxygène devenait commun, la glace s’épaississait, les ombres s’enfuyaient et les reliefs se creusaient. Nos traits se copiaient, blêmes sous la lumière blafarde que je m’étais promis de changer tant de fois. Pourquoi m’être attardé sur ce noir reflet ? Une soirée plus arrosée ? Un sursaut de conscience ? Ou l’âge, qui rend languissants les matins d’automne. Pourtant, quarante ans, ce n’est pas vieux. Sauf quand on se ridiculise dans un bar en pleurnichant sur les misères de sa vie. Une garce vous quitte pour un fumier ; un fumier, pas le même, vous harcèle au boulot avant de vous virer ; une garce, autre, de l’ANPE, qui se moque de vos recherches de travail. Enfin, quand le monde entier ne vous aime pas, on se sent vieux. A tout âge. et les Musiciens du Louvre.  Mais pas sans conséquence ! Chaque jour est éternité née.  Et l’éternité, faut pas la contrarier ! Un nouveau jour sans café, ça peut se faire, un début d’éternité sans Rameau, impensable ! Ce fut pourtant ainsi. Quelque chose capta mon attention et contraria mon rituel matinal.
Mais tout cela ne pouvait expliquer cette longue pause imprévue face à ce monde hostile qui tentait de s’approprier le mien. En pensant aux univers parallèles de Murakami, j’ai essayé de secouer ma tête, qui ne voulait bouger.
Hé ! double de toi, réveille-toi, tu somnoles dans ton lit, lunettes et livre en vrac sur le visage ! Non, la migraine tambourinait toujours sa chamade avec rancœur sur mes tempes. Et l’autre m’observait toujours. Ses yeux s’orbitaient de condescendance. Il semblait s’amuser de cet individu au regard inquiet dont il remuait la lâcheté. J’ai vu alors ma peur embuer la glace. Entre nous le tain s’est obscurci. Il a frissonné, plusieurs fois. Pas froid pourtant dans nos salles de bains. La pitié s’invitait au chaos de mes émotions. Que cachait donc ce regard qui craignait tant à se refléter ? Quelle peine purgeait-il ? Quel juge intransigeant l’incarcérait dans cette détestable copie d’homme ?
Des pensées affolées se bousculaient dans ma tête. Rameau, la porte entr’ouverte, le café, les copains, tout s’évanouissait. Mon être se désintégrait lentement. De l’autre côté du miroir, son corps devenait mien. Un corps ravagé, bedonnant, essoufflé dès le deuxième étage ; un corps qui en fait m’importait peu. Mais mon âme, toute tâchée de jus d’alcool qu’elle fût, pas question de l’abandonner ! Avant, elle était belle, mon âme, pure même. Je revendiquais toujours son passé, je clamais ses jours heureux. Ceux des genoux écorchés, ceux des acnés de jeunesse, de la première paume sur la rondeur d’un sein adolescent, des premières claques de filles, de profs, de flics. Ces jours d’avant, seule sauvegarde du disque usé de mon quotidien, je les rappelais souvent avec nostalgie. Parfois avec honte, de les avoir trahis. Lui pas, qui ricanait, déjà assuré de sa perte. Je me suis approché pour l’intimider. Pour le repousser, pour décrocher cette ternissure qui voilait mon avenir. Il en fit de même, habitué aux vaines promesses, aux plaintes répétées.

Tout est dans le regard, philosophait souvent le poivrot du troisième tabouret du bar d’en bas. Les yeux sont reflet de l’intérieur, répétait-il avant de s’écrouler. Foutaises ! Une âme regard qui dit bonjour, qui avoue son chagrin, qui éclate de rire, qui aime ? Rêveries sentimentales ! Je n’avais toujours vu que des yeux pleurer, briller, se moquer, parfois envier, souvent s’éteindre. Rien d’autre ! Je sais maintenant mon erreur. Accepter un regard offert, c’est pénétrer une propriété privée, contempler une nudité, effleurer la vérité. Découvrir une malle aux trésors, ou une boîte de Pandore. Tout est dans le regard, insistait mon compagnon de bouteille. In vino veritas.
Dans ma salle de bains, raison et folie s’affrontèrent ce matin-là. Arrête ce jeu stupide ! Résiste, ne baisse pas le regard ! Veni, vidi. Je suis resté. J’avais tout mon temps. Personne ne m’attendait. Sauf l’ANPE. ANPE ! un mot de vie réelle ça. Ma raison combattait donc encore. Je me suis rapproché du miroir, limite presbytie. Cet homme m’effrayait. M’attirait. Sa tête, c’était moi, ses yeux, encore moi, son air abattu, moi. Mais je ne voulais pas le reconnaître dans ce combat à perte de vue. Était-il l’ombre d’un matin mal reflété ? Ou un fantôme de l’avenir remontant ses tristes années pour hanter son passé ? Pour hanter mon présent. Ma colonne vertébrale se fit serpent, ma peur rampa. Le temps se figea au regard d’une terrible Gorgone annoncée. La déchéance. Mes yeux demeuraient libres, mais impuissants. Pupilles en point fixe, prison de libres pensées, corps tétanisé dans un espace immatériel. Je ressentais l’existence des choses, je ne les voyais plus, je ne les vivais plus. L’homme se terrorise à son regard. Soi-même, même soi, dans un monde identique, inversé. Un choix, vite ? Partir, à droite ! Et si l’envie lui venait de partir à gauche ? Pire, de ne pas partir ! Ma température baissa encore. Le serpent se transforma en hydre. Mille tentacules déchirèrent mon dos, quarante années de peur explosèrent sous leur succion. Et l’autre en face de moi, quel animal mythologique le retenait sur les rebords de son univers tourmenté ?
Je me souvins de la position de mes mains, arrimées au rebord du lavabo. Cette idée fixe devint l’ancre de ma réalité, l’espoir de mon salut. Il me fallait m’arracher de cette hypnotique fatalité. A l’aide ! Cri muet, je vivais seul. Très seul. Mes doigts se décrochaient, c’était une certitude. Cela devait être certitude. Les siens tentaient-ils de s’agripper, de m’entraîner de l’autre côté du miroir, dans son enfer ? Dans son devenir.
Un devenir que j’ai refusé. Ce matin-là. Les reflets n’ont pas de vie, seule la vie s’y reflète. Mes mains ont rejeté l’inacceptable, mes lèvres ont formé un mot dans le miroir. Un simple mot d’espoir. Non. Ce murmure, les copains, le bar, le monde entier, l’ANPE, tous l’ont entendu. Alors les atomes se sont rassemblés, la glace redevint verre et mon reflet se stabilisa. L’autre disparut. Mon visage apparût. Épis en bataille, plis d’oreiller sur la joue. Mon éternité quotidienne s’était retrouvée. Mes yeux de peur se détournèrent en pleurs dans le creux de mes paumes. Vici.
C’est un jeu dangereux de défier le reflet de son existence dans un miroir. Je ne pénètre plus dans cet ailleurs. Ni au bar d’en bas. L’air y est irrespirable et l’être qui s’y perdait m’est devenu parfaitement inconnu. Mais depuis, je laisse toujours entr’ouverte la porte de mon âme.

©RichardB - Petits destins - Nouvelles - Edition à venir

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La route

Cormac Mc Carthy

prix Pulitzer 2007

Ou, quand l’humanité rejoint l’animalité pour créer l’humalité.

Il est des livres qui vous tombent des mains, d’autres sont oubliés dès la dernière page refermée, d’autres encore restent promesse de lecture.

Certains, peu, vous marquent profondément. “La route” fait partie de ces petites merveilles qui fleurissent dans le champ des médiocres poussées littéraires annuelles. La personne qui me l’a conseillé m’avait prévenu : attention chef d’oeuvre ! Raison à toi Greg, merci pour ce judicieux conseil.

Bon, La route, en fait, c’est quoi ? L’humanité qui s’efface lentement, laissant force et désespoir occuper un monde dévasté, celui de Mc Carthy. Une route qu’empruntent un père et son fils, cheminement dans un espace irrémédiablement détruit, cheminement aussi dans l’horreur d’une société en ruine où toute valeur de devenir est bannie, où le seul espoir qui demeure est, comme le dit le père à son fils : “se lever le matin“.

C’est un livre désespéré, noir, sans cause établie ni raison fournie. Une catastrophe, des personnes jetées sur les routes, certaines victimes, d’autres bourreaux, tous pessimistes. La quête de l’homme et de son fils est de trouver des “bons”. Existent-ils encore ces hommes bons ou bien ne sont-ils qu’une invention du père pour cultiver un mince espoir dans le jeune esprit qui ne comprend plus son environnement, qui ne découvre que terribles traces des méchants ? Et pourtant, l’amour est partout, comme… pas encore inventé, ou comme préservé au fond de son caddie de fortune par le père. Un cadeau pour son fils. Pour l’humanité qui reviendrait.

Côté style, du nouveau aussi. Ecrit sous forme de chapitres assez courts, on ressent bien la terrible force du quotidien. C’est la seule réalité pour les personnages du livre.

Hier, oublié. Demain, n’existe pas. Dans La route, seul le présent est. Faites une petite réflexion sur ça et vous regarderez autrement la société qui vous entoure. Oui, je sais ! pour l’oublier aussi vite et se replonger dans le confort rassurant de notre société de progrès, de richesses et de générosité.

Que vous ayez vu le film ou pas, lisez La route. Vous ressentirez une autre émotion, beaucoup plus forte que celle délivrée (ou pas) par le film. Personnellement, je n’irai pas voir le film. La route est un livre qu’on devrait imposer à tous les râleurs du rien, aux défaiseurs du tout, aux insatisfaits permanents et aux sur-nantis de la vie.

Et pensez aussi, que, aujourd’hui, sur les routes actuelles, dans la vraie vie, même sans catastrophe de cinéma,  il existe hommes et situations du roman, à la recherche d’eau, de nourriture, de gîte. Une humaine affaire bien plus importante  et plus urgente à régler que… allez, même que le réchauffement de la planète.

©RichardB

extrait :

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Avatar… américain !

Avatar, le film qui “cartoon” ! Allez, je vous donne mon avis, à l’américaine, type Twitter en 140 caractères maxi :

en un mot : américain

en deux mots : magnifiquement stupide

variante en deux mots : stupidement magnifique.

Le jour où les américains demanderont (et écouteront) des scénaristes français pour leurs “grandes” productions,  on évitera peut-être ces nunucheries à deux balles – façon de parler, la place est à 13 euros, avec lunettes ! -  Des UScénari donc, dégoulinant de fausse poésie et de sentimentalisme anti-méchants blancs-qui font-du-mal-aux-gentils-sauvages qui ne  demandent rien qu’à continuer à vivre en mode écolo sans cette cochonnerie de progrès qui fait pas du bien à la terre en la réchauffant.

With the french touch, on aurait enfin des personnages réalistes, méchants un peu gentils et gentils pas tout clean… comme dans la vraie vie, quoi ! A quand les remake français des films grande production américains ? Non, je rigole !

Pour le moment, une fois la grosse batterie d’effets spéciaux et d’imagerie 3D digérée, une fois le battage médiatique type débarquement en Normandie ensablé, je ne pense pas qu’Avatar demeure dans les mémoires et qu’il crée la même file de fans que Star Wars ou Star Trek, ou l’estime cinématographique de 2010 (voire même de Dune).

Ben oui, il faut bien un vilain petit canard qui ne se laisse pas écraser dans les longues files d’attente popcornisées de monsieur Pathé.

Allez, que la farce soit avec vous ! RichardB

ps : ici aussi, on apprécie moyennement AAAaaargh !! ; et ici non plus : Le Point

La presque élégance du Hérisson

Le hérisson
Le hérisson

Muriel Barbery peut être satisfaite, les personnages de son livre “L’élégance du hérisson” ont trouvé “leur tête” dans le film de Mona Achache, “Le hérisson”.  Josiane Balasko, Togo Igawa et surtout Garance Le Guillermic sont parfaits pour représenter les personnages de Barbery. Sensibilité d’acteur, physique de l’emploi, adaptation du scénario, tout y est pour que ce film soit aussi apprécié que le livre.

Pourtant, un petit bémol : pourquoi un film “d’après” le livre – sic la réalisatrice – alors qu’il respecte à la lettre la trame du roman ? est-ce par timidité face au succès médiatique du livre ? est-ce par pudeur devant la densité des personnages ? En tout cas, lapsus révélateur,  le film est aussi incomplet que son titre. Lui manque l’élégance pour en faire un grand succès ; lui manque certaines scènes irrésistibles comme cette visite de Paloma et de sa mère chez le psy de cette dernière ; lui manque  de la densité quant à certains personnages du roman, la femme de ménage et… le chat Léon.

Mais tout ceux qui, comme moi, ont adoré le livre ne seront pas trop déçus. Juste un petit arrière goût d’inachevé.

RichardB

sur la grippe mexicaine

Forte éjaculation précoce habituelle des médias relayée par une panique bourgeoise primaire et alimentée par une pétoche politique majeure quant aux retombées microbiennes du principe de précaution basique…

Slam & spam

Entre spam et slam n’hésitez pas
L’ordure qui fait diamant n’existe pas

Jetez l’un dans la poubelle du slameur
Envoyez l’autre à la face du spammeur

Des deux écrits lisez le poète
Des deux cris rejetez le traître

Écoutez les mots qui dansent
Vomissez les maux qui rancent

Dans le blog vénérez la muse
Sur le Web verrouillez la ruse.

Entre spam et slam n’hésitez pas
L’argent qui devient amour n’existe pas

©RichardB

Largo

Le blog de Largo

largo winch

Largo, GO ! Allez voir ce film, que vous ayez apprécié la BD ou pas. Pas un chef d’oeuvre du cinéma, juste un excellent film d’action, intelligent (donc pas américain) et pas trop sanguinolant (donc pas américain), avec de l’humour, de l’émotion, des scènes d’action “en vrai”. BRAVO ! monsieur Jérôme Salle.

Ici, pas de grosse voix grave (américaine) de bandes annonces racolleuses ;  pas d’effets spéciaux débilisants à la James Bond  ; pas de roulements de grosse caisse à chaque coin de rues, vous savez quand le méchant apparaît – just the regard in the light. Et un scénario qui tient la route (merci Jean Van Hamme et Philippe Francq).

En fait, un film comme avant, avec des acteurs et des situations réalistes. Du cinoche, quoi ! pas du montage informatique.


Michael Clayton

Ouais, il est toujours beau ! ouais, il a un charme fou, même pas rasé et les yeux cernés ! ouais, irrésistible et crédible dans son rôle d’avocat couleur plutôt marron ! oui, oui, oui, George Clooney (Michael Clayton) est bien présent* dans le film.

Mais, ce que j’ai surtout apprécié dans ce scénario de dézingage de méchante grande société multinationale d’agrochimie qui veut du mal à l’humanité (du déjà vu dans d’autres films), c’est surtout le rôle et l’interprétation de l’ami du beau Michael (George).

C’est lui, Tom Wilkinson, qui enclenche la lente prise de conscience de notre avocat trop mûr et son revirement : ses paroles en voix off qui entament le film dans un délire de maniaco-depressif en manque de cachet situent bien le contexte et l’environnement de l’histoire. Cet environnement, c’est également celui qui entoure notre quotidien protégé par ses lâchetés, ses faiblesses, celui dont on ne veut pas entendre parler, celui de l’argent dictateur, du pouvoir sans âme et sans avenir.

Un excellent film, aux personnages possédant tous de la “profondeur” en particulier celui joué par l’excellente Tilda Swinton.

PS : petit râlage d’après séance : quant aux critiques de cinéma (TV surtout) qui mettent en garde le futur spectateur quant à la complexité du scénario, je les invite à commenter uniquement les films de Bruce Willis, ceux dont le fil conducteur est très simple et se compte au nombre de cadavres qui s’alignent pendant deux heures. Si un petit flash-back bouleverse à ce point nos experts du cinéma (et quelques spectateurs victimes du surdosage médiatique), alors qu’ils changent de métier et nous laissent remuer un peu nos méninges ; ça s’appelle de l’entraînement et ça participe également à la lutte contre la maladie d’alzheimer.

En fait, en les écoutant, j’ai pensé à cette citation de Victor Hugo : “[… l’imagination c’est l’intelligence en érection.”

* (Et ailleurs , là où on souffre.)

écoutez le trouvère (paronomase)

Écoutez le trouvère
Qui de par l’univers
Contre tous et envers
Clame les mots de son calvaire

Écoutez le trouvère
Qui de ses larmes de vers
Claires comme le verre
Ose attendrir l’hiver

Écoutez le trouvèremort de rire !
Qui à l’abri des revers
D’un lourd manteau de vair
Se cache du diable Vauvert

Écoutez le trouvère
Qui au printemps le plus vert
Par l’automne recouvert
Annonce à tous une fin… en vers

©RichardB

Hoover – les petites fiches de…

Alors qu’en France est soulevé le scandale des notes de l’ancien directeur des RG, Yves Bertrand, je vous propose la lecture d’un ouvrage édifiant sur le monde souterrain du renseignement aux USA et en particulier sur le maître en la matière, Edgar Hoover. Cet homme a été le patron du FBI pendant près de… cinquante ans ! Imaginez l’un de nos ministres de l’intérieur (à votre choix, selon vos goûts..) demeurer aussi longtemps en poste et traverser les périodes gaullienne, pompidolienne, giscardienne, mitterrandienne et chiraquienne assis sur le même fauteuil, dans le même bureau, la main fermement posée sur fiches, cahiers ou carnets, récoltés soigneusement, classés méticuleusement, divulgués avec parcimonie et fine sélection.

Roosevelt, Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon, voilà la liste des patrons successifs, du plus puissant pays du monde, chacun manipulés par les invisibles fils du marionnetiste Hoover

Il est vrai que l’époque de Hoover se prêtait mieux à cette longévité qu’on a du mal à imaginer de nos jours. Mais enfin, réduisons-en la durée et ne conservons notre homme super flic que dix ans en place. Imaginez quand même ! Froid dans le dos, non ?

hoover1Bon, je reviens à Edgar Hoover , américain, boss du FBI de 1924 à 1972. Une paille ! et encore, il a fallu qu’il meure pour libérer la place, sinon Obama… non, là ça fait trop, même pour ce surhomme  directeur du FBI en 1924 a… 29 ans. La mort n’était pas fichée par Hoover, il ne pouvait rien faire pour s’en sortir une fois de plus.

Notre homme donc est mis sous surveillance par Marc Dugain dans son livre : La malédiction d’Edgar. C’est Clyde Tolson, son homme de paille au FBI (le numéro 2 de la maison quand même), l’ami très fidèle (et très intime) que Marc Dugain  a choisi pour nous conter cette longue  et intéressante période de l’histoire des USA (et donc du Monde entier).

Et là, accrochez-vous, ça déménage dur dans les légendes kennediennes véhiculées dans les parterres people d’une époque en mal de héros.  Aucun président des Etats-Unis n’en sort indemne. L’homme du combat anti-communiste, celui qui adorait la politique mais refusait de se soumettre à la petitesse de l’acte électoral, celui qui a fait le FBI, celui qui a institutionnalisé les écoutes téléphoniques (sans jamais se faire prendre – “le Watergate a été réalisé par des amateurs”), celui qui tenait à distance la mafia (qui elle le tenait aussi, ah! cette photo de lui en compagnie de… ), cet homme là était un monument de la politique de la cité. L’homme des basses oeuvres, détesté de tous mais accepté par tous, démocrates ou républicains, par peur ou par volonté de puissance, toujours par intérêt.

à l’ombre d’Eux

Le Général et le journalisteJean Mauriac Ed. Fayard

Jean Mauriac fut journaliste à l’AFP et détaché permanent de cette agence de presse auprès de l’un des plus grands hommes d’État français, Charles de Gaulle. De la Libération au départ de la présidence de la République en 1969, seul journaliste autorisé à fréquenter son environnement proche, il a suivi tous les grands déplacements du Général. Une position flatteuse et jalousée, avec, bien évidemment des contraintes, morales quant à son engagement personnel, et éthique quant à l’information délivrée, ou non, à ses patrons de l’AFP. Ce qui lui posa de nombreux cas de conscience et quelques décisions incertaines oscillant entre sa fidélité à l’homme politique et son professionnalisme.

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